lundi 15 octobre 2007

Cantat, le faux people à remettre illico en geole.


Le très sérieux site d’info de Yahoo! France s’interroge ces jours-ci sur la libération conditionnelle de Bertrand Cantat, et pose la question suivante à ses visiteurs : « À votre avis, pour ou contre la libération du chanteur de Noir Désir ? ». On ne pouvait rêver de plus bel exemple de ce qui nous guette ces jours-ci à chaque coin de page web : ce bien bel élan de néo-poujadisme dont se gargarisent nos médias numériques, qui glorifient chaque jour un peu plus l’idée qu’un « journalisme citoyen » d’utilité publique existerait. Pourtant, le commentaire du Yahoonaute de 2007 n’a pas encore la stature d’un « J’accuse ». Loin s’en faut. Le sondage en ligne fournit bien le quota de bits nécessaire à la masturbation intellectuelle de quelques lecteurs vaguement inspirés, mais le kleenex reste pauvre et desséché. On brasse du lieu commun, on bombe un torse anonyme face à son clavier et l’on donne des leçons d’humanité à son voisin de forum, tout en gardant un œil sur le téléchargement d’un Divx pornochic. Demandez l’avis des internautes sur tout et n’importe quoi, et il en restera toujours quelque chose : l’illusion de la « démocratie participative », et le mythe moderne, fascinant et morbide d’une justice qui serait « de moins en moins efficace ».

Le sondage de Yahoo! est également un parfait exemple de la « peoplisation » de notre culture : sur ces milliers d’internautes offusqués, combien se souciaient du sort des femmes battues en France avant l’affaire Trintignant ? Que n’ont-ils protesté lorsque Cantat a écopé en 2003 de « seulement » huit ans de réclusion, une peine apparement trop courte aujourd’hui que cet homme s’apprête à sortir (en liberté conditionnelle, comme tout détenu de ce pays) au bout de quatre ans ? Pourquoi réclamer soudainement, la main sur le cœur et des trémolos dans la voix, l’incompressibilité des peines pour les « cogneurs de femmes » ? La vraie raison est la suivante : parce que Bertrand Cantat est un people, et que les caméras braquées sur lui montreront bientôt un prisonnier gris et fade qui aura passé la moitié de sa peine sans jamais faire parler de lui, et aura payé l’intégralité de ses indemnités dues aux familles. Rien de croustillant, rien de glamour. Rien à se mettre sous la dent ou en couverture de Closer.

C’est là tout l’insupportable de la situation pour nos contemporains accros aux scandales de stars. Un people est par définition une personne de l’excès, oscillant entre le sublime immaculé (le syndrome Carole Bouquet) et le purement répugnant (la déchéance passionnante d’une Paris Hilton). Bertrand Cantat a été désigné par les médias comme un people au sens le plus moderne du terme : connu de tous, personne ne sait vraiment qui il est. Cela n'a pas vraiment d'importance. Tout juste se rappelle-t-on qu’il faisait partie d’un groupe de rock, au même titre que Julien Doret. Ce qui est sûr, c’est que c'est notre "rocker violent" à nous, qui pète les plombs comme un vrai américain. Ce qui est sûr, c'est qu'on veut le voir sortir en pleurs et meurtri de repentance. Ou carrément rebelle, avec le doigt tendu bien haut. Ce qui est certain, c’est que son attitude « profil bas » n'annonce rien de bon. Elle ne colle pas à son nouveau statut. Bertrand Cantat est forcément suspect de quelque chose. Certainement de ne pas avoir été assez puni, et d’avoir le sentiment de s’en tirer à bon compte s'il se fait si discret. Ce Cantat est louche. Contrairement à l'un de ses confrères saltimbanques, il est déjà prévu qu'il n'exultera pas en dansant sur le toit d’une limousine à sa sortie de prison dans quelques jours.

Du chiant. Du très chiant, donc, pour notre bel hexagone qui se cherche encore une Kate Moss ou un Pete Doherty à adorer et détester. Pour toutes les frasques de ces célébrités arrogantes, on ne discute jamais les peines ridicules (clémence dans des affaires de stupéfiants pour les uns, séjour éclair en prison pour les autres). Cantat aura eu le tort d’aller dignement jusqu’au milieu de la sienne, et de décrocher une conditionnelle sans triomphalisme ni bouquin larmoyant à vendre au 20h00 de Patrick Poivre d’Arvor. Cantat est juste emmerdant et vulgaire. Cantat n’a pas de grosses lunettes noires Dior. Cantat ne s’est pas marié à Béatrice Dalle en prison, et il n'ira pas à "La Ferme Célébrités" avec d'autres has-been. Cantat est un sale imposteur, tout juste bon à être le demi-frère vaguement délinquant d'un vrai people. Cantat n’a pas fait parler de lui pendant quatre ans, et puisqu’il semble disposé à se faire tout aussi discret à sa sortie, on compte bien le renvoyer à son trou pour seize ans de plus, histoire de lui apprendre un peu l’art du pathos.

1 commentaires:

Stéphane a dit…

Analyse pertinente autant que bien écrite, quelle diatribe!!!...
Si on doit tirer un bilan, maintenant que Cantat est sorti de prison, qu'il est de nouveau dans un chez lui- sa maison ayant été cramée par une main vengeresse semble t-il, si l'on en croit les conclusions des forces de l'ordre aprés enquète- quelque part dans les Landes, désormais prêt à se reconstruire, avec ses proches, qui ne l'ont visiblement jamais laissé tomber!!!...
Il n'est pas difficile d'imaginer, pour la famille de feu Marie Trintignant, les amis, les ex, et tant d'autres, relayés dans leur peine par certains médias un peu trop concilliants, que Bertrand Cantat, innomable monstre de barbarie à leurs yeux, aurait mérité la mort, au minimum, ou une longue agonie dans la terreur, suppliant que l'on en délivre par un coup de grâce salvateur, mais certainement pas, que... seulement... juste, 8 ans de prison, dont les 4 dernières en conditionnelle!!!...
De ce point de vue là, qui peut leur jeter la pierre, d'abonder dans l'oeil pour oeil, dent pour dent... vie pour vie!!!...
Quel parent censé, s'apprète, le matin en se levant, à vivre le dernier jour de son enfant? Quel parent ne voudrait pas, à défaut de pouvoir faire revenir à la vie l'enfant mort de la main de l'Autre, la mort même de celui là?
La presse qui "roule", qui cassait en son temps les couilles d'un néo Pataogonien d'adoption, chanteur de son état, à qui l'on ne volera pas sa liberté de penser, entre autre, se moque bien, il faut le dire haut et fort, de certaines valeurs, qui, aujourd'hui, dans nos sociétés occidentales de sur-consommation à outrance, sont tombées manifestement dans le plus détestable oubli!!!..
Il est malvenu pour cette presse là, de respecter le plus élémentaire; la détresse, la peine, la douleur, le deuil, quand ils ont déjà outre-passé la vie privée des uns et des autres!!!...
On n'est plus dans l'information quand "on" demande l'avis de chacun, quant au bien fondé d'une décision de justice!!!...
Loin de la raison, "on" encourage les bas instincts premiers, primaires, animaux, on incite, on suscite, on pointe, mais jamais on ne relativise, ni chercher la vérité, où qu'elle se trouve!!!... La vérité, c'est l'histoire tristement banale d'un homme qui a provoqué la mort de la femme qu'il disait aimer, à qui voulait l'entendre de cette oreille!!!..
Pour cette presse, dite à scandale, monsieur tout le monde est incapable d'une telle horreur, monsieur tout le monde est honnète, droit dans ses bottes, bien pensant, digne, monsieur tout le monde n'est pas un assassin!!!... Donc, monsieur tout le monde n'étant rien de tout cela, il ne lui est pas, par conséquent, interdit de remettre en question, tout, même l'impossible!!!... Ainsi, ironie du sort, Cantat n'étant pas monsieur tout le monde, il ne peut, cela semble même intolérable, être libre aujourd'hui!!!... Le Général disait; "les français sont des veaux.", et cette presse dégeulase, ne semble pas penser le contraire, quand elle écoule autant de papier par semaine, il est vrai que dans le domaine de la fange, les sujets ne manquent pas!!!...
La vérité, c'est l'histoire d'un homme à tout jamais changé, sûrement traumatisé par son geste, qui va devoir vivre le restant de ses jours avec ça sur la conscience, car je suis intimement persuadé qu'il n'a rien d'un assassin.
Les choses ont mal tournées, une femme est morte, certes, mais dénonçons cette presse qui veut nous faire juge à la place des juges, jurés à la place des jurés, et s'il était possible, bourreaux à la place des bourreaux!!!...
Faut-il croire que les français sont aussi cons, que veulent nous faire passer pour, ces médias brasseurs de bouse, en nous vendant de l'indignation par procuration? Rien de tout cela ne fera revenir Marie Trintignant, et aussi vrai que seules quelques personnes connaissaient intimement et l'un et l'autre des protagistes de cette terrible nuit de dispute, seul Bertrand Cantat sait ce qui s'est réellement passé, et pourquoi, et comment!!!...
La vérité, la seule qui faille souligner, c'est que nous n'avons, en réalité, rien à penser de tout cela, rien à dire, rien à suggerer, rien à commenter, car demain que ferons nous nous même, et comment nous traitera t'on alors?
Respectons la douleur de deux familles, respectons la mémoire d'une femme, respectons ce qu'il reste d'une star déchue du rock, qui a payé sa dette, et à la société et à la famille de la victime de sa lourde main, bien qu'il doit tout les jours souhaiter que tout cela ne fût jamais arrivé!!!...
Qui imagine demain Bertrand Cantat heureux, serein, avancant dans sa nouvelle vie la fleur au fusil, qui l'imagine à la plage, au resto, en boîte, à un concert, à un pique nique en famille, au super-marché de son bled, à la banque, aux conseils parents professeurs de ses enfants, n'importe où, n'importe quand?...
Faut-il être parfaitement stupide pour ne pas comprendre que la vraie punition, l'ultime sentence prononcée contre cet homme, est le fait même qu'il doive vivre encore les nombreuses années de sa vie à venir, avec le poids écrasant de sa propre culpabilité, bien vivante elle aussi, bien vivace, jamais atténuée, jamais adoucie, parce qu'il n'admettra jamais, n'acceptera jamais, qu'il ait pu commettre l'irréparable?
Je ne crois à un retour de Noir Désir, tel que l'on le connaissait, je ne crois pas à un retour sur scène triomphal, je ne crois pas même à l'envie de Cantat de rechanter un jour!!!...
Doit-on le blâmer, ce n'est pas mon affaire, et cela ne devrait être l'affaire de personne, il se blâme déjà assez lui même!!!...
Bertrand Cantat, à mon sens, est un homme brisé, cassé, piétiné, hônni, par lui même, et pour toujours.
C'est une affaire entre lui et Dieu maintenant, qu'on lui foute la paix, qu'il survive s'il le peut, car les meilleures volontés du monde ne pourront pas grand chose pour sa tranquillité d'âme à présent.
On voudrait nous faire croire qu'il n'a pas assez payé, qu'il éxulte maintenant, qu'il se sent libre? Foutaises, non sens, élucubrations d'imbéciles bornés et ignares, jactations ineptes de galinacés!!!...
Je ne souhaite à personne de vivre ce qu'endure et la famille de Marie Trintignant, et Bertrand Cantat lui même.
Bertrand Cantat n'est pas un people, c'est un être humain, imparfait comme nous tous, ce n'est pas un être abstrait, et aussi paradoxal que cela semble paraître, peut-on encore appeller ça vivre, quand tous les gestes du quotidien sont marqués au fer rougissant de la honte et du dégoût de soi même, car, pour Marie Trintignant, plus de douleurs de l'existence, elle n'est plus, tout simplement!!!...
Bertrand Cantat a t-il encore envie de vivre?... Aurai-je encore envie de vivre si j'étais à sa place? Je ne suis pas à sa place, personne ne l'est, mais ça, beaucoup de gens bien intentionnés semblent l'avoir oublié!!!..