mardi 16 octobre 2007

James Blunt, petit pétochard de la musique.


L’événement est, de l’avis de tous, un tournant crucial de l’histoire de l’industrie du disque. Les très respectés membres de Radiohead, qui ne sont plus à une innovation près, ont décidé de mettre leur dernier album "In Rainbows" en téléchargement sur leur site internet, avec un prix d’achat restant à la discrétion de l’internaute. Chacun peut donc se procurer les précieux fichiers MP3 (encodés du reste à 160 kbps) en fixant son prix, avec l’option officieuse d’enter la somme de 0 euros pour ceux qui voudraient se procurer le 7ème album du groupe gratuitement.

De là à entrevoir dans cette initiative une dérive dangereuse qui mettrait en péril la valeur intrinsèque du travail des artistes, il n’y a qu’un pas que le vaillant James Blunt n’a pas hésité à franchir : dans une récente interview, le chanteur a ainsi déclaré qu’il pensait que « la musique avait une valeur, et que [Radiohead] ne devait pas lui faire perdre cette valeur. Je dois payer un groupe, un ingénieur du son et un mixeur, et je ne sais pas comment je pourrais m’y résoudre si je vendais mes albums pour 1 penny ».

Ce que le sémillant James Blunt ne semble pas comprendre, c’est que Radiohead ne présente pas « In Rainbows » comme un album issu d’une quelconque « chaîne gratuite », qui n’existera par ailleurs jamais. Le groupe semble avoir consciemment choisi d’axer sa méthode de distribution sur un principe de confiance, et se repose sur son imposant capital (qui se chiffre en millions) pour assurer la viabilité de son projet. À notre connaissance, il n’a jamais été question de ne pas payer les différents acteurs de la chaîne de production discographique cités par Blunt (qui par ailleurs n’arrivera jamais à faire croire à quiconque que les salaires de ses « prestataires » dépendent de ses ventes d’album, le processus de production fonctionnant par un système d’avance que M. Blunt connait fort bien).

Nous sommes ici en présence d’un simple choix artistique et commercial de la part d’un groupe qui avance l’idée que le prix fixe d’un album est peut-être devenu un concept incohérent en 2007, et qui à aucun moment ne doute que ses fans les plus loyaux mettront la main à la poche pour montrer leur appréciation face au travail du groupe.

Johnny Greenwood, guitariste du groupe, a récemment résumé l’état d’esprit de Radiohead à ce sujet : « Je trouve intéressant que les gens s’arrêtent pendant quelques secondes, et réfléchissent à la véritable valeur de la musique aujourd’hui (…) et comparent cet achat à toutes les autres choses qui ont de la valeur dans leur vie, ou n’en ont pas ». Un manifeste on ne peut plus clair, qui donne aujourd’hui ses premiers résultats puisque les premières estimations annoncent déjà plus d’un million de téléchargements, pour un quota de paiement encore à estimer.

L’argumentation de M. Blunt semble donc tomber à plat, puisque ses collègues de Radiohead ne parlent à aucun moment de musique sans valeur, le moindre penny versé étant, dans la logique de cette philosophie, le « juste prix » décidé par le consommateur.

La pitié nous force à ne pas rappeler à M. Blunt qu’un groupe comme Radiohead n’a de leçons de marketing à recevoir de personne, et que ses déclarations semblent montrer qu’il n’est certainement pas près à se lancer dans une telle expérience de sitôt. Soyons comréhensifs envers M. Blunt, et imaginons déjà le manque à gagner si cet artiste nécessiteux décidait soudainement de soumettre directement au jugement de ses auditeurs la valeur commerciale de sa soupe.

James Blunt est un petit planqué pétochard, qui sent le vent froid du changement lui souffler dans le dos.

Planqué, car protégé par les avances de sa maison de disques, qui assume seule l'éventuelle dégringolade de son chiffre d’affaire. Pétochard, car assez intelligent pour imaginer qu’un jour où l’autre, sa maison de disque lui dira que Radiohead est dans le vrai, et que les producteurs n’investiront désormais que sur la création d’un album, et que son grassouillet contrat sera prochainement annexé d’une clause stipulant que tous ses bénéfices viendront directement de l’appréciation de son public.

La commercialisation de « In Rainbows » est d’ores et déjà un succès, la démarche brute et honnête du groupe ayant fait hésiter plus d’un auditeur à télécharger cet album gratuitement. En ce moment même, des milliers d’internautes incrédules sortent leurs cartes bleues de leurs portefeuilles, choqués de ne pas pouvoir franchir le dernier pas de la gratuité qu’ils comptaient sauter allègrement quelques minutes auparavant. Choqués par un sursaut d’honnêteté qu’ils pensaient avoir perdu à tout jamais après tant d’années de téléchargement sauvage, et choqués par le sentiment que quelque chose d’énorme se profile à l’horizon.

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